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AUTO-INTERVIEW
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Désormais, il faut dire que tu diriges aussi bien
les actrices que les acteurs... Les interprètes principaux
dans Parle avec elle sont deux hommes qui jouent merveilleusement
bien.
Je suis ravi que ce soit toi qui dises ça. C'est vrai,
Javier Cámara et Darío Grandinetti sont fabuleux dans
des rôles assez complexes. Parle avec elle n'est pas
mon premier film avec des interprètes masculins. En
chair et en os est une histoire d'hommes. Matador et
La Loi du désir étaient aussi des histoires où les hommes
avaient un rôle déterminant. D'ailleurs, dans La Loi
du désir, même la fille (Carmen Maura) était un homme.
Avec qui prends-tu plus de plaisir ?
A quoi fais-tu référence ?
Au travail. Tu préfères travailler avec les acteurs
ou les actrices ?
Quand ils sont merveilleux et qu'ils parviennent à oublier
que je suis le réalisateur et le scénariste, je prends
autant de plaisir avec les uns qu'avec les autres. J'ai
réalisé quatorze longs métrages, je reconnais que j'ai
rencontré
plus de bonnes actrices que de bons acteurs. Mais il
faut savoir que j'ai écrit plus de rôles féminins que
de rôles masculins ou neutres.
C'est sûr.
Dans l'écriture, je crois que les femmes m'inspirent
des comédies et les hommes des tragédies.
Pourquoi n'écris-tu pas plus de comédies, alors ?
Ça ne me vient pas, mais je vais essayer de forcer un
peu...
Peut-on se forcer à écrire un scénario et tout ce
que ça suppose ?
Non. On ne devrait pas, sauf pour les documentaires
et les films autobiographiques.
Dans quelle catégorie classes-tu Parle avec elle
?
Je ne sais pas. Je sais seulement qu'il ne s'agit ni
d'un western ni d'un film sur des agents de la CIA.
Ce n'est pas non plus un "James Bond" ou un film d'époque.
C'est un peu un film d'époque.
C'est vrai. Si on veut être précis, sept minutes du
film se déroulent en 1924.
Ces sept minutes font beaucoup parler d'elles.
Pourtant, elles sont muettes... Au milieu du film, l'infirmier,
Benigno, (Javier Cámara) profite d'un soir où il n'a
rien à faire, ce qui arrive rarement, pour aller voir
un film muet espagnol à la cinémathèque : l'Amant qui
rétrécissait. Je montre environ sept minutes de ce film...
Ce n'est pas risqué d'interrompre la narration de
ton film pour introduire un autre récit, très différent
du tien ? A moins qu'il s'agisse d'un flash-back en
rapport avec tes personnages.
Non, ce n'est pas un flash-back, c'est une histoire
distincte... Oui, c'est très risqué...
Tu n'as pas peur que ça déroute le spectateur, que
ça le trouble?
Maintenant que le film est fini, non. Mais pendant
le tournage, j'avoue que j'étais mort de trouille.
Je n'ai pas pu dormir tranquille avant d'avoir vu les
deux histoires montées ensemble.
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